Céramiques médicales ou d’apothicairerie

On préfère la faïence aux autres terres chez les apothicaires à cause de sa beauté et de sa netteté.
Ainsi s’exprime en 1697 Nicolas Lémery dans sa Pharmacopée universelle. À partir de la Renaissance, la découverte de la "terre blanche" importée d’Italie et l’importance attribuée désormais à la distribution de médicaments comme élément important de la guérison va transformer la sombre boutique de l’apothicaire en une somptueuse officine au décor raffiné. Les pots ne sont pas des pièces uniques mais des séries commandées en grand nombre.
Ainsi l’apothicaire rouennais Pierre Dubosc commande 4152 pots à Masséot Abaquesne.
L’avantage de la faïence stannifère, par rapport au verre ou au bois, c’est de protéger les drogues de l’air et de la lumière ; elle ne sera relayée qu’au XIXe siècle par la porcelaine. La fonction des pots est de stocker, conserver et conditionner les médicaments mais ils sont aussi un caractère ostentatoire par leur décor et de démonstration par leur inscription. Ils sont le symbole du métier.
La taille des pots dépend de leur fonction. Les plus grands sont des jarres ou des grands vases qui servent à stocker la thériaque que l’on ne fabrique qu’une fois par an. Les pots de taille moyennes aux formes variées servent au conditionnement et sont exposés dans la boutique. Il y a une corrélation entre la forme et le contenu. Les eaux distillées sont contenues dans des bouteilles ou des gourdes, les semi-fluides (huile, sirop) sont contenus dans des chevrettes, les pâtes dans des pots canons parfois montés sur piédouche.
Les piluliers sont de petite taille. Certains pots possèdent un couvercle, d’autres sont simplement fermés avec un morceau de parchemin maintenu par une ficelle. L’écriteau (étiquette) permet de les distinguer. Ces inscriptions en latin, souvent abrégées ce qui rend leur lecture difficile, nous renseignent sur la nature du contenu des pots.
Les écriteaux sont variés, ils ont la forme de rouleaux de parchemin ou de cartouches plus ou moins surchargés de décor. Les décors des pots de pharmacie n’ont jamais de lien avec le contenu et sont le reflet des styles de leur époque, des manufactures de leur provenance et de l’imagination des peintres.