Les décors historiés

Vers 1730, le goût pour les faïences relatant des scènes religieuses ou mythologiques dans la plus pure tradition des Istoriato, imitation de gravures peintes sur des pièces d’apparat est très présent. Les compositions ne sont plus uniquement décoratives dans un style ornemental ponctuées de figures animées (personnages, animaux ou tout autre élément) mais délivrent un message issu des plus célèbres peintures d’histoire.

Le peintre s’aide d’un poncif, dessin d’abord exécuté sur un papier piqué de trous d’épingle. Il frotte ce poncif avec un tampon qui laisse un tracé préparatoire destiné à guider la main du peintre.

La grande difficulté est de peindre « à l’aveugle », certaines des couleurs n’ayant pas leur couleur définitive : le peintre doit travailler au jugé. De plus, la surface de la pièce est un émail crû (qui n’est pas encore passé au four), celle-ci est donc très fragile, comparable à de la poudre de craie. Il faut dont toute la dextérité du peintre pour traduire sur des plats ou des plaques une scène peinte, sans repentir possible.

La création de nouvelles manufactures a toujours incité les peintres à circuler à travers le royaume et offrir leur talent à de nouveaux maîtres. Aussi, les peintres en faïence reçoivent les influences d’ailleurs, mais en diffusent d’autres à leur tour lorsqu’ils partent.

À Rouen, des peintres faïenciers de renom Claude Borne, Pierre Chapelle qui passent par plusieurs manufactures, traduisent avec la palette réduite du grand feu les chairs des personnages, le sentiment de relief ou de matière d’un drapé. Ils reprennent des modèles de grands peintres de l’école française qui sont diffusés par la gravure. Certaines de leurs faïences appartiennent aux objets d’art les plus ambitieux de leur temps.