Moustiers

Centre important du midi de la France, la céramique de Moustiers se développe dès le XVIIe siècle (1679), grâce au potier Pierre Clérissy. Elle se caractérise par la variété de ses influences, tant italiennes que françaises.
S’étant fait une spécialité du camaïeu bleu, les grands plats de Moustiers s’ornent ainsi de scènes de chasse héritées du graveur Antonio Tempesta et de sujets religieux extraits de la Bible. Certaines frises, notamment, témoignent d’influences italianisantes par la présence de griffons ailés, mufles de lion, feuilles d’acanthe.
Parallèlement, l’influence de Nevers se fait sentir par l’utilisation d’un répertoire floral, inspiré des fleurs d’Extrême-Orient ; l’influence de Rouen, quant à elle, se constate par l’adaptation du motif du lambrequin.

À la fin du XVIIe siècle, les faïences de Moustiers se distinguent par leurs célèbres décors à la Bérain, du nom du célèbre ornemaniste de Louis XIV, Jean Ier Bérain. Les motifs centraux s’enrichissent ainsi d’arabesques, d’oiseaux, de singes, et de vases reliés entre eux, autant d’éléments qui composent ce style en vogue pendant toute la première moitié du XVIIIe siècle.

La polychromie n’apparait que dans le deuxième quart du XVIIIe siècle, sans doute avec l’installation de Joseph Olérys, en 1738. Peintre, il s’associe à son beau-frère Jean-Baptiste Laugier pour fonder leur manufacture, concurrente de celle des Clérissy.
Héritier des motifs à la Bérain, les décors dits à grotesques font leur apparition. Les personnages aux allures d’indiens coiffés de plumes, les échassiers, les ânes, les chiens… séduisent un large public. La palette est alors à dominante jaune et verte.
Le décor dit aux drapeaux assure, quant à lui, la renommée de la fabrique Fouque et Pelloquin. À côté de décors mythologiques, plusieurs décors maçonniques fleurissent, en écho aux nombreuses loges franc-maçonnes du territoire.

Au niveau des techniques de fabrication, le petit feu trouve sa place dans la fabrique Ferrat dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, sous l’influence des faïences de l’Est et de Marseille.

La renommée de Moustiers s’étend à tout le Midi de la France : Lyon, Bordeaux, Montpellier, Montauban, Ardus, Grenoble et Samadet tirent de Moustiers des décors aux interprétations variées.