Sinceny

Jean-Baptiste Fayard, fondateur de la manufacture de Sinceny, construit sa faïencerie dans les communs de son château. Doté d’une autorisation royale en 1736, il fait venir des faïenciers de Rouen, dont Pierre Pellevé. Mais issu d’un milieu proche de la marquise de Pompadour, en quête de formes artistiques nouvelles, Jean-Baptiste Fayard souhaite néanmoins se démarquer de la faïence de Rouen par une production de qualité plus fine imitée des porcelaines. Alors que Rouen commence son déclin, la faïence de Sinceny amorce son développement, tout en gardant de nombreux liens avec le milieu rouennais.
L’épouse de Jean-Baptiste Fayard, en charge de la manufacture, fait ainsi venir le peintre faïencier rouennais Pierre II Chapelle et envoie Léopold Mariat se former chez Pierre-Paul Caussy à Rouen. D’autres grands peintres faïenciers passent par la manufacture de Sinceny et livrent au cours des années 1743-1750 leurs plus belles pièces.

Touchée par la guerre de Sept ans, la manufacture se tourne vers une clientèle en quête, non plus de pièces rares et coûteuses, mais de faïences patronymiques, de culs noirs et de services à bordure de croisillons verts.
Il faut attendre la prise en main de la manufacture par le fils Jacques Fayard pour voir une nouvelle période faste grâce, notamment, à de nouveaux peintres de Lille ou de Tournai.

Les faïences de Sinceny se caractérisent par divers décors au chinois, influencés par les porcelaines sino-japonaises, transposées sur les porcelaines européennes de Meissen, St-Cloud, Paris, Chantilly. À la différence du rouge de Rouen, le rouge orangé de Pellevé pour Sinceny est posé en à-plat et sera sa grande réussite. Le dessin des motifs que l’on peut admirer notamment sur les décors historiés est fin comme un cheveu posé au trait gris-noir.
Si les motifs de décor à la corne sont très rares à Sinceny, les décors agrandis d’enfants, de pivoines, de fleurs des Indes ont, en revanche, fait la renommée de cette manufacture.

L’art du grand feu s’achève à Sinceny aux alentours de 1775, tandis que l’art du petit-feu se poursuit jusqu’en 1866.