La couleur à Rouen : du camaïeu à la polychromie

Le goût pour le camaïeu bleu s’impose à Rouen dans le dernier quart du XVIIe siècle, lorsque le manufacturier Edme Poterat (1612-1687) fait appel à des ouvriers originaires de Nevers.
Il triomphe pendant le 1er quart du XVIIIe siècle, notamment sur les pièces de prestige, et est rapidement associé au rouge. Grâce au « bol rouge d’Arménie », les faïenciers parviennent, en effet, à fixer l’oxyde de fer, malgré une température de cuisson élevée. Ils révèlent ainsi la qualité de leur savoir-faire et amènent la production rouennaise à maturité.

L’enrichissement de cette première polychromie intervient au tout début du XVIIIe siècle, avec l’apparition des couleurs dites de « grand feu ». Les premiers rehauts de vert sont attestés sur un pot trompeur daté de 1702, tandis que le décor aux « cinq couleurs » apparaît sur un pichet de 1708 représentant Ariane abandonnée. A partir de 1720, les décors associant le bleu, le rouge, le jaune, le vert et le violet s’épanouissent à côté du camaïeu bleu, du décor rouge et bleu et du décor niellé (sur fond ocre).

Des motifs polychromes très élaborés se multiplient et les premières pièces à fonds colorés apparaissent entre 1730 et 1735, avec l’emploi du « bleu empois » caractéristique de Rouen.

La palette des couleurs s’élargit à nouveau dans les années 1770, avec l’arrivée de la technique du « petit feu », qui permet l’introduction de différentes nuances de rose et de demi-teintes. Cette nouvelle technique, arrivée tardivement, ne rencontre cependant pas le succès escompté et seule la manufacture Levavasseur y consacre une partie de sa production.