Le décor à la corne : apogée du style rocaille dans la faïence

Dès le début du XVIIIe siècle, la polychromie entre en force dans les compositions et permet le développement du style rocaille.
Les formes des plats ou des assiettes sont contournés avec des courbes et des contre-courbes qui répondent aux lignes du mobilier et des lambris. Les couleurs sont vives, généreusement distribuées, se déployant sur toute la pièce. Arcs et flèches, décor au carquois, fleurs telles que tulipe, iris ou oeillet, mais aussi décor à la grenade, dite « grenade éclatée » sont les éléments décoratifs rocaille qui s’épanouissent dans la faïence rouennaise parallèlement au célèbre décor à la corne.
Motif certainement le plus connu de la faïence de Rouen, à la mode pendant un demi-siècle, il a été imité par d’autres centres, voire même répété jusqu’à épuisement. « A la corne d’abondance simple » s’ajoute le décor à « la double corne » lorsque celle-ci se dédouble offrant une répartition maximale des motifs polychromes sur l’émail blanc, et simulant une fausse symétrie.
Ce décor à la corne bien caractéristique a été repris avec plus ou moins de bonheur par plusieurs manufactures prêtant quelquefois à confusion, l’attribution entre faïences de
Sinceny, de Quimper ou de Rouen. Cette diffusion des modèles s’explique en partie par la grande mobilité des peintres ou des faïenciers qui partaient d’une manufacture vers une autre emmenant leurs poncifs, leur décor et leur savoir-faire.
Apparu aux alentours de 1750 à partir du motif japonais du cornet de fleurs en papier plié, il se combine avec la corne d’abondance gréco-romaine, symbole de richesse et de prospérité que l’on réclame pour son foyer.
Il n’est donc pas étonnant de constater que ce motif a été très prisé pour des services commandés notamment lors de mariage. Parmi les amateurs de ce décor, le tsar Pierre III avait commandé un de ces services vers 1760 pour un de ses favoris, le comte Golowine.
Le répertoire floral tient une place à part entière dans ce décor. Outre sa symbolique liée à la fidélité, l’oeillet offre des qualités plastiques que les peintres sollicitent, répartissant ceux-ci depuis la corne d’abondance jusqu’au pourtour de l’assiette ou du pla,t aux côtés d’insectes et d’oiseau, le phoenix qui donnent à l’ensemble un côté japonisant, issus des motifs du style Kakiemon. Du nom d’un potier japonais, les faïenciers rouennais apprécièrent ces décors « Kakiemon » dépouillés, composés de branches de pin, prunier et bambou, accompagnés de haies, ou d’oiseaux, dont le décor à la corne est l’héritier.