Le secret du rouge

Si le motif du lambrequin est caractéristique des camaïeux bleus des faïences rouennaises de la deuxième moitié du XVIIe siècle et du début du XVIIIe, la combinaison des seules couleurs bleues et blanches risque de lasser. Des faïenciers rouennais tentent alors de percer le secret de fabrication de la couleur rouge en faïence afin de charmer une clientèle toujours plus avide de nouveaux décors.
Les faïenciers perçoivent très vite le potentiel qu’offre cette couleur chaude parmi les teintes harmonieuses de bleus. Employée avec parcimonie, cette nouvelle couleur réveille l’ensemble du décor faisant ressortir avec plus de force les motifs.
Cependant, l’obtention d’un rouge lumineux demande beaucoup d’efforts tant sa cuisson se révèle problématique. En effet, la présence d’oxyde de fer provoque à la cuisson des effets de cloquages, de rétractations, de granulosités que l’on peut apercevoir à l’œil nu.
C’est grâce au bol d’Arménie (terre le plus souvent rouge, orangée ou ocre, autrefois importée d’Orient) dont le secret d’utilisation se répand peu à peu que le rouge reste pendant quelques années une particularité de la faïence rouennaise. Il reste une difficulté… l’effet de craquelures que les peintres contournent en effectuant des hachures et non de larges aplats lors de la pose de la mystérieuse couleur.
Rouen combine le rouge d’une manière éclatante sur ces fameux décors au lambrequin et autre décor rayonnant qui ont déjà fait la renommée notamment de la manufacture Poterat sur des pièces bleues et blanches imitant les pièces de Chine et du Japon.
Transformation d’un ornement chinois de forme triangulaire, le lambrequin s’adapte aux formes circulaires des céramiques, alternant en bleu et rouge. Ce parti pris décoratif se perfectionne par la suite avec le décor dit du lambrequin rayonnant qui voit l’adaptation maximale du triangle au cercle, se rejoignant au centre en une rosace.
Cet art constitué de petits motifs linéaires, de cartouches, de rinceaux, de décors de broderies est l’héritier du répertoire des ornemanistes de Louis XIV et rappellent les motifs des parterres de jardins à la française ou les décors des riches demeures de ce XVIIIe siècle naissant.