Un prestigieux vitrail parisien conservé en Normandie

Au sein de cette collection essentiellement régionale, quelques pièces viennent cependant d’ailleurs, comme les médaillons de la Sainte-Chapelle de Paris.

La baie est un vitrail composite : vers 1837, le vitrier You-Renaud a réuni dans cette baie des fragments de vitraux d’origines diverses. La partie centrale provient de la Sainte Chapelle de Paris, édifice commandé par Louis IX et réalisé entre 1243 et 1248. Seuls les médaillons en demi-fuseau sont d’origine, les résilles du fond ayant été ajoutées au XIXe siècle.
Quatre scènes provenant de la Sainte Chapelle ont été juxtaposées. Le demi-fuseau supérieur gauche est consacré au thème de l’Enfance du Christ : on distingue, au registre supérieur, une représentation des Rois mages à cheval, et, au registre inférieur, la Présentation au temple. Dans la mandorle de droite, est représenté, dans la partie supérieure, Moïse sous la tente recevant un messager, associé, dans le demi-fuseau du dessous, à une figuration de trois juifs sonnant de la trompette : ces deux scènes illustrent le livre des Nombres.
On peut lire, sur la face externe de la Présentation au temple, un graffiti de vitrier, gravé à la pointe, en 1736, par Pierre Claverie de Toulouse, pour signaler son travail de réparation.

Ces quatre panneaux sont caractéristiques du style des vitraux de la Sainte Chapelle : des figures allongées, des silhouettes graciles témoignent d’un art où le graphisme prévaut au modelé, où l’art de la grisaille est maîtrisé.
De même, la palette employée montre une tendance à la simplification des couleurs. Ces quatre fragments de vitraux ont probablement quitté la Sainte Chapelle en 1803, date à la quelle le vitrage de la chapelle haute est en partie détruit lors de l’installation d’un dépôt d’archives judiciaires.
Acquis en 1836, il s’agit aujourd’hui d’un des plus anciens vitraux de la collection du musée des Antiquités de Rouen.