L’émergence de l’art du vitrail avec l’architecture gothique

Au milieu du XIIe siècle, l’abbé Suger commande de remarquables verrières destinées aux chapelles du chœur de l’abbatiale de Saint-Denis et joue un grand rôle dans le développement de l’art du vitrail. Dans ses écrits, il leur attribue une fonction sacrée d’édification des fidèles. Durand de Mende, à la fin du XIIIe siècle présente le sens qui peut être attribué au vitrail : « les fenêtres vitrées sont les écritures divines, qui versent la clarté du vrai soleil, c’est-à-dire de Dieu, dans l’Église, c’est-à-dire dans le cœur des fidèles, tout en les illuminant ».

Aucun vitrail roman n’étant conservé en Haute-Normandie, l’histoire du vitrail haut-normand ne peut donc s’écrire qu’à partir XIIIe siècle, lorsqu’est engagé vers 1200 le grand chantier de reconstruction de la cathédrale de Rouen.
Une première série de vitraux d’un très beau style « classique » et homogène, voit le jour entre 1200 et 1204 pour les anciennes baies des bas-côtés de la nef, dont on conserve des éléments remontés dans les chapelles nord de la cathédrale : ce sont les « Belles verrières », suivant une appellation en usage dès le XIVe siècle.
Une deuxième campagne a lieu entre 1220 et 1240, à la fois pour la nef et pour le déambulatoire. On y distingue des styles différents et en général la présence de couleurs plus vives, notamment des bleus intenses.

Les corporations contribuent au financement des travaux, ce qui leur vaut de pouvoir se faire figurer dans le bas des verrières, comme le montrent les fragments conservés du vitrail dit des trimardeurs du port, aujourd’hui au musée des Antiquités.
La seconde moitié du XIIIe siècle aspire à plus de lumière, d’où un plus grand usage du verre incolore peint de motifs géométriques et floraux : ce sont les grisailles décoratives, dont le succès se prolonge au XIVe siècle.