Les dieux dans la religion romaine

Pour bien comprendre la manière dont les différents dieux de la religion romaine sont représentés, il est aussi nécessaire d’expliquer succinctement les grandes caractéristiques de ces dieux et la place qu’ils tiennent dans la religion des Romains.

Une religion polythéiste
La notion de « polythéisme », formée à partir des mots grecs polus, « beaucoup » et theos, « dieu », caractérise les religions qui comptent plusieurs dieux. Elle est apparue de manière relativement précoce (au Ier siècle avant J.-C. chez l’auteur grec Philon d’Alexandrie) pour différencier la religion juive « monothéiste » des autres religions antiques, notamment les religions grecque et romaine. Ces deux dernières sont en effet peuplées d’une foule de dieux différents, ayant chacun leurs attributions. A l’intérieur de ce système, certains courants de pensée ou certains cultes ont manifesté des tendances à l’unification de tous ces dieux en un seul dieu supérieur, notamment en la figure du dieu Sol au IIIe siècle après J.-C. ; on parle alors d’« hénothéisme » plutôt que de « monothéisme ».

Des dieux anthropomorphes
(photo vénus monnaie) Il s’agit encore d’un mot d’origine grecque (composé d’anthropos, « humain », et morphe « forme »), et qui caractérise des êtres qui ont forme humaine. C’est dans les religions grecques et romaines que cet anthropomorphisme est le mieux illustré. Les dieux sont figurés comme des humains, hommes ou femmes, mais ils sont plus grands, plus beaux, plus forts et ils ne connaissent pas la vieillesse. Sur la monnaie ci-contre, on reconnaît une représentation de Vénus, déesse de la beauté et de l’amour qui reste éternellement jeune et belle.
Les dieux sont soumis à certaines lois naturelles qui sont identiques à celles des hommes : ils se reproduisent, et ils doivent se nourrir. Leur alimentation est composée d’un breuvage particulier, l’ambroisie, mais aussi de ce que les hommes leur font parvenir, en particulier la fumée des aliments brûlés lors des sacrifices. Mais contrairement aux hommes, ils sont immortels et ne connaissent pas la misère humaine, ils sont dits bienheureux. Il faut ajouter que cet anthropomorphisme ne se limite pas à leur aspect : ils connaissent les mêmes passions que les mortels (amour, jalousie, colère, etc.).

La définition de chaque dieu
Les Romains considéraient leurs dieux comme des puissances actives et non comme des esprits impersonnels. Lorsqu’ils les invoquaient dans leurs cultes, ils s’adressaient à des puissances aux caractéristiques bien précises. Chaque divinité avait un nom principal qui indiquait son caractère général, et était lié à un champ d’action précis. Ce nom était souvent suivi d’une appellation qui précisait davantage la fonction pour laquelle le dieu était invoqué et honoré à un moment précis. Comme on le verra, la déesse Vénus pouvait être Victrix (qui apporte la victoire au combat), Genetrix (déesse de la fécondité), Marine (protectrice des marins), etc. Tous ces dieux avaient donc chacun un rôle, et formaient ainsi une structure hiérarchique tout à fait semblable à celle d’une société humaine. Au sommet, Jupiter était le souverain des dieux ; il était entouré d’un groupe de dieux majeurs, les dieux olympiens ; en dessous d’eux, il y avait une foule de divinités moins importantes qui aidaient les dieux majeurs à accomplir leur fonction. Ces divinités agissaient dans un domaine très restreint qui était indiqué par leur nom. Dans le monde romain, bon nombre de ces divinités portaient le nom de la notion abstraite qu’elles représentaient (la Fortune, la Félicité, l’Abondance, etc.).
Pour ce qui est des dieux principaux ou olympiens, les dieux romains sont les héritiers directs des divinités de la mythologie grecque. Les Romains ont en effet adopté une bonne partie de la mythologie grecque tout en rebaptisant les dieux grecs avec des noms romains. Le Zeus grec est ainsi devenu Jupiter, lui aussi souverain des dieux. Certaines divinités ont néanmoins été enrichies de toute une tradition romaine issue de la longue histoire de ce peuple. Le Jupiter des Romains est ainsi avant tout Capitolin, habitant la colline du Capitole à Rome et protecteur du peuple romain.

L’enrichissement du panthéon et l’« interprétation »
Contrairement à la religion chrétienne, les religions grecque et romaine ne sont pas fondées sur un texte sacré originel. Certains textes comme l’Iliade et l’Odyssée ont bien sûr joué un rôle majeur dans la construction de ces religions, mais ils n’ont pas du tout le même statut que la Bible. Une conséquence majeure découle de cette situation : les dieux forment un panthéon qui n’est pas figé, mais susceptible de s’élargir au fur et à mesure que les Grecs et les Romains sentent la nécessité d’importer des divinités d’ailleurs.
A côté de ce phénomène d’enrichissement du panthéon, les religions grecque et romaine ont connu un mécanisme appelé l’« interprétation » ou interpretatio romana. Il consiste à opérer une identification entre des dieux d’origine différente sur la base d’un rapprochement des fonctions et des principaux caractères de ces dieux. César, par exemple, lorsqu’il parle des dieux gaulois leur donne des noms de dieux romains (Mercure, Mars, Apollon), car il reconnaît dans ces dieux des traits qui en font des équivalents des dieux romains.
Grâce à ces mécanismes, la religion romaine était donc peuplée d’une foule de divinités : certaines étaient directement issues de la mythologie grecque, d’autres étaient le résultat d’un mélange des deux traditions, et d’autres enfin étaient typiquement romaines.

Les dieux parmi les hommes
La foule de ces dieux était matériellement présente aux yeux des Romains dans un certain nombre de lieux qui leur était consacré. Les divinités les plus importantes avaient droit à des temples dans lesquels figurait toujours une statue du dieu (simulacrum en latin). C’est un temple de ce type (peut-être le temple de Jupiter Capitolin) que l’on retrouve sur cette monnaie de l’époque républicaine conservée au musée de Rouen. Mais les lieux consacrés aux dieux n’étaient pas toujours aussi monumentalisés. Dans les maisons par exemple, un espace était toujours consacré aux dieux protecteurs du foyer, et cet espace appelé laraire était souvent une simple niche dans un mur où était déposées des statuettes représentant les dieux. De même, dans les espaces publics, il y avait toujours un espace consacré aux dieux protecteurs.
En effet, pour les Grecs et les Romains, les dieux étaient omniprésents dans la vie quotidienne. Chaque acte, et surtout chaque acte public devait être réalisé avec l’assentiment des dieux. Les journées et les années étaient ainsi rythmées par une série de rites codifiés que chacun effectuait scrupuleusement pour s’assurer que le « contrat » entre les hommes et les dieux n’était pas brisé. Mais il faut garder à l’esprit que la religion romaine a elle-même évolué au cours du temps et qu’à une époque donnée, le sens et la valeur des rites n’étaient peut-être pas les mêmes pour chaque individu. L’essentiel était que tous ceux qui appartenaient à la cité de Rome soient respectueux des rites et traditions qui avaient été instaurés depuis longtemps, et qui avaient assuré à Rome le soutien indéfectible des dieux, et par là même son empire sur le monde.