Qu’en disent les textes antiques ?

Lucrèce auteur romain du Ier siècle avant J.-C., invoque Vénus en ces termes au début de son traité De la nature :
« O Mère d’Enée et de sa race, plaisir des hommes et des dieux, bienfaisante Vénus, toi qui, sous les signes errants du ciel, peuples la mer porteuse de vaisseaux et les terres aux riches moissons ! C’est par toi que toutes les espèces vivantes sont conçues et, arrivant à l’existence, voient la lumière du soleil (...). Cédant à ton charme, à tes doux attraits, toute la nature animée brûle de te suivre dans la voie où tu veux l’entraîner. Dans les mers, sur les montagnes, au sein des fleuves impétueux, sous les feuillages qu’habitent les oiseaux, parmi les herbes des prairies, jetant dans tous les cœurs les doux traits de l’amour, tu inspires à tous les êtres l’ardeur de perpétuer leur espèce. »
Il évoque un peu plus loin les amours de Vénus et Mars (il s’adresse encore directement à Vénus) :
« Fais cependant que sur terre et sur mer nous voyions cesser les cruels travaux de la guerre, fais que leur fureur partout s’apaise. Car toi seule peut rendre aux mortels le repos heureux de la paix. A ces cruels travaux Mars préside, le dieu puissant des armes, qui souvent vient se jeter dans tes bras, vaincu par l’éternelle blessure d’amour. Alors, les yeux élevés vers toi, sa nuque ronde rejetée en arrière, il repaît de ta vue ses regards avides, et suspend son souffle à tes lèvres. » (De la nature, I, 1-39)

Ovide raconte dans Les Métamorphoses le rôle qu’a joué le petit Amour (Cupidon) dans l’amour d’Apollon pour Daphné :
« cet amour ne naquit pas de l’aveugle hasard mais de l’implacable colère de Cupidon. Le dieu de Délos [Apollon], enorgueilli de sa victoire sur le serpent, l’avait aperçu occupé à courber les extrémités de son arc en y ajustant la corde : "Qu’as-tu donc à faire, espiègle enfant, avec des armes de héros ?" avait-il dit. "Celle que tu portes, c’est à mes épaules qu’elle convient. (...) Mais toi, contente-toi donc avec ta torche de suivre à la piste je ne sais quelles amours, et n’aspire pas à des louanges qui nous reviennent."
Alors le fils de Vénus : "Que ton arc atteigne tous ses buts, soit, Phœbus ; le mien, c’est toi qu’il atteindra. (...)" Il dit, et battant l’air à coups d’ailes redoublés, intrépide, il alla se poser sur la cime ombreuse du Parnasse ; puis du carquois contenant ses flèches, il tira deux traits destinés à deux besognes tout opposées : l’un met en fuite, l’autre fait naître l’amour. (...) De celui-ci, le dieu atteignit la nymphe fille du Pénée ; mais, du premier, il blessa Apollon, traversant ses os jusqu’aux moelles. Aussitôt, l’un aime ; l’autre fuit le nom d’amante, ne se plaisant qu’aux retraites obscures des forêts. » (Les Métamorphoses, I, 460-473)