Ivoires du 17e siècle

Les fortes relations commerciales des ports normands avec l’Afrique vont avoir un rôle déterminant dans le développement de la sculpture sur ivoire en Normandie. À Dieppe, la Compagnie du Sénégal permet à partir de 1624 l’importation toujours croissante de l’ivoire qui fera de la ville pour trois siècles la capitale de la sculpture de l’ivoire en France. Le commerce triangulaire des ports de Rouen et du Havre amenèrent les navires normands à fréquenter régulièrement les côtes d’Afrique, et à en ramener au retour d’Amérique les défenses d’éléphant nécessaire à l’artisanat normand et dieppois.

Les objets caractéristiques de cette époque sont les statuettes à sujets religieux et mythologiques, qui purent orner en leur temps des cabinets d’ébène, dont les parois pouvaient également être ornées de plaquettes aux formes variées aux sujets comparables et complémentaires. D’innombrables crucifix et statuettes de saints rejoignirent les couvents de plus en plus nombreux sur le territoire du royaume et dans les colonies.

Des objets utilitaires tels les cadrans solaires, véritables montres portatives tous terrains à l’usage des voyageurs, des râpes à tabacs et les tabatières ou pulvérins, les manches de couverts, font également partie des objets nombreux qui nous sont parvenus en nombre.

Enfin, les premiers portraits sculptés sur ivoire nous apparaissent à cette période, parfois portant la signature de l’artiste. Certains de ces ivoiriers talentueux obtiendront un poste au médailler du roi à Paris.

Les ivoires dieppois et normand connurent une diffusion mondiale, et se retrouvent dans les territoires fréquentés par les communautés françaises où le commerce normand était bien implanté. Il est à parier que des ivoires retournèrent en Afrique ; mais on en trouve de clairement identifiés en Amérique du Nord, ainsi qu’en Europe souvent sur les traces d’anciennes communautés religieuses.