Ivoires du 18e siècle

Au 18e siècle, l’ivoire est sculpté dans plusieurs villes de la province. Si Dieppe est à juste titre considéré comme le centre principal, des ivoiriers exercent dans les autres grands centres urbains, tels Le Havre et Rouen. Par ailleurs, les objets en ivoire sont commercialisés par les ivoiriers eux-mêmes mais aussi par les merciers et les peigneurs, qui diffusent parallèlement des tabatières et peignes en écaille et en corne.

Sur le plan stylistique, le XVIIIe siècle adopte le répertoire en vigueur dans les arts décoratifs contemporains, caractérisé notamment par une liberté revendiquée par rapport au règne de Louis XIV, tout aussi riche mais plus rigide. Les formes baroques, très contournées, aux sujets plus facilement frivoles, emplissent les ornements d’objets plus légers, à la variété presque sans fin, se multipliant dans le domaine des accessoires et du costume, regroupés aujourd’hui sous le terme d’« objets de frivolité ». Étuis de toute sorte, navettes, médaillons ornementaux ornant des boites en tous genres (à « mouches », à poudre, à bonbons) portent des sujets amoureux ou tendres. Les miniatures sur ivoires connaissent également un franc succès à cette époque chez une clientèle noble et bourgeoise.

Les ateliers dieppois développent à cette période une technique particulière appelée « mosaïque », consistant à repercer d’une multitude de trous les plaques d’ivoire portant le motif en très bas relief, faisant apparaître ce dernier sur un fond grisé le mettant en valeur.

Enfin, les sujets amoureux, ou inspirés de la littérature ou de la mythologie, sont à la source d’exercices de virtuosité dans la sculpture miniature de véritables paysages et sujets d’architecture où les ivoiriers rivalisent de finesse dans le traitement des arbres et leur ramage et des temples aux multiples colonnes cannelées. Certains de ces paysages s’insèrent dans des médaillons de quelques centimètres de diamètre.