Ivoires médiévaux

Au Moyen âge, l’ivoire d’éléphant, importé de loin, est un matériau de luxe relativement rare et suite à une période de raréfaction des exportations, la période romane est d’abord celle du triomphe de l’ivoire de morse (utilisé vers 1050 pour réaliser le Tau de Jumièges, Musée des Antiquités). À partir du XIIIe siècle toutefois, l’ivoire d’éléphant parvient à nouveau en grandes quantités en Europe septentrionale et notamment en France. Les défenses, acheminées par les ports de Normandie tels Dieppe et Rouen (dès 1270-1280, le Grand Coutumier de Normandie cite l’ivoire parmi les marchandises retrouvées à la suite de naufrages), étaient ensuite transportées sur la Seine jusqu’à Paris, où elles étaient alors débitées et travaillées. La plupart des reliefs et des statuettes d’ivoire des XIIIème et XIVème siècles sont ainsi attribués aux ateliers parisiens.

La forme contraignante que représente la défense n’a pas limité la créativité des artistes qui ont su, grâce à la maîtrise de la technique, en tirer des objets variés comme des sculptures en ronde bosse, des coffrets, des placages de meubles, des panneaux, des couvercles, et des plats de reliure. Pour réaliser des pyxides cylindriques, telle la large pyxide du Musée des Antiquités représentant l’Adoration des Mages datée des Vème-VIème siècles ou des olifants , l’artisan tirait parti de la zone qui entoure la cavité de la corne et obtenait des objets creux en sciant transversalement un tronçon. Pour un résultat encore plus précieux, des feuilles d’or pouvaient être appliquées sur l’objet. Des perles de verre, une couronne en métal (tête de la Vierge allaitant dite de Lisieux, Musée des Antiquités) complétaient parfois la décoration.

À la fin du Moyen âge, l’acheminement de la matière première est rendue difficile du fait de l’occupation anglaise de la Normandie (1417-1450) et les premières décennies du XVème siècle marquent le déclin du travail de l’ivoire à Paris.