Introduction

L’ivoire a une place particulière dans l’histoire de l’art en Haute-Normandie. Selon certaines sources difficilement vérifiables aujourd’hui, des marins dieppois et rouennais auraient abordé les côtes d’Afrique occidentale au XIVe siècle et en auraient ramené les premières défenses, sous le nom de morfi tiré du Portugais marfím (marfíl en Espagnol). Il faut cependant attendre la fin de la Guerre de Cent Ans et le XVIe siècle pour que ce commerce se stabilise, au point de faire de Dieppe le premier port importateur du précieux matériau. Les marchés sont alors nombreux en direction de la capitale et notamment dans l’Oise, connue depuis le Moyen-Âge pour ses nombreux centres de tabletterie. Des ateliers se développent alors dans diverses villes normandes, dont Dieppe devient le centre de production le plus important, plus particulièrement dès le tout début du XVIIe siècle.

Les commandes sont locales, mais s’exportent aussi, notamment vers d’autres pays, et les colonies et établissements français à l’étranger.

Aujourd’hui, plusieurs musées possèdent des collections d’ivoires non négligeables. Le Château-Musée de Dieppe possède la plus importante, avec plus de 1500 pièces, majoritairement issues des ateliers de la ville. Le musée municipal d’Yvetot présente la seconde collection régionale avec environ 400 pièces. En écho, le musée départemental des antiquités de Seine-Maritime, à Rouen, rassemble à lui seul la plupart des ivoires antiques et médiévaux de la région rassemblés par de clairvoyants collectionneurs privés. D’autres musées possèdent des collections complémentaires à ces trois grands ensembles : Fécamp, Évreux, Louviers,Martainville et le musée Flaubert d’histoire de la médecine de Rouen, illustrant la place importante de ce matériau dans la petite sculpture régionale, et le lien de cette région avec les côtes d’Afrique grâce à son activité maritime.