Un traitement naturaliste

Un traitement naturaliste

L’œuvre présente une composition simple, articulée en deux plans : au premier la mère et son enfant en bas âgé, rejetés dans l’ombre, et au second les deux hommes et la petite fille, éclairés par une lumière électrique. Le regard de la mère, mais aussi la porte ouverte et l’emmarchement font le lien entre les deux espaces. Ceux-ci sont encore ouverts, peut-être la petite fille réussira-t-elle à ramener son père à la maison…

Développant une peinture mêlant à la fois réalisme de la description et souvenirs impressionnistes dans le traitement de la lumière, Berthe Mouchel crée ici une ambiance lumineuse bien particulière, que vient souligner l’angle droit plongé dans l’obscurité. L’ampoule électrique jette ainsi une lumière crue sur le visage et les mains blafardes du père, qui contraste avec le rose chaleureux (séduisant mais trompeur ?) des murs et les teintes verdâtres de la vitre et du rideau. Celles-ci ne sont bien évidemment pas sans évoquer les couleurs d’une bouteille. L’ensemble crée une atmosphère « sale », qui souligne la décrépitude du sujet. Celle-ci est également marquée par la description minutieuse de certains détails, comme le vêtement et les mains abimées de la femme, les bouteilles posées contre la fenêtre ou le carrelage inégal du café.

Ce souci très fort de transcription du réel se retrouve bien évidemment à la même époque en littérature, comme évoqué plus haut, mais aussi à la fin du XIXe et au début du XXe siècle chez plusieurs générations de peintre dits « naturaliste* », comme Bastien-Lepage (1848-1884) ou Jules Breton (1827-1906). Les œuvres de Berthe Mouchel sont probablement une des plus belles et des plus représentatives expressions régionales de ce courant.