Un coup de couteau mortel

Arrivée à Paris, Charlotte Corday s’installa à l’hôtel de la Providence où un soir, elle rédigea son Adresse aux Français amis des lois et de la paix, texte profession de foi qu’elle portera sur elle le jour du meurtre.
Elle n’hésitait pas à se justifier par cette phrase devenue célèbre et digne d’une tragédie de Corneille : J’ai tué un homme pour en sauver 100.000.
Charlotte Corday reprochait à Marat d’appeler au meurtre et donc à la guerre civile et de se faire proclamer dictateur, foulant aux pieds la souveraineté du peuple. Elle ne changea jamais d’avis.
Entre-temps, Duperret était devenu suspect, les scellés avaient été placés sur la porte de son domicile. Charlotte Corday se retrouvait donc seule à Paris.
Tôt levée en ce matin du 13 juillet 1793, elle fit l’achat d’un couteau de cuisine ordinaire pourvu d’une gaine en cuir qu’elle mit dans sa poche. Marat habitait au n°30 de la rue des Cordeliers, à l’hôtel de Cahors. L’entrée de l’appartement était farouchement défendue par sa compagne Simone Evrard, la sœur de celle-ci, Catherine Evrard, la cuisinière Jeannette Maréchal et Albertine, sœur de Marat qui lui faisait de fréquentes visites.
La première tentative échoua et Charlotte Corday comprit vite qu’il lui fallait un réel motif. Elle entreprit de lui écrire : Je viens de Caen. Votre amour pour la Patrie doit vous faire désirer de connaître les complots que l’on y médite. J’attends votre réponse. Le billet fut posté. A l’époque, la poste procédait à des distributions Paris intra-muros toutes les deux heures !
Les heures passèrent, sans réponse. Nouveau billet : au citoyen Marat, rue des Cordeliers à Paris./ je vous ai écrit ce matin, Marat, avez-vous reçu ma lettre ? Puis-je espérer un moment d’audience ? Si vous l’avés reçue, j’espère que vous ne me le refuserés pas, voyant combien la chose est intéressante. Suffit que je sois bien malheureuse pour avoir droit à votre protection. Elle garda cette fois le billet sur elle afin de lui remettre directement. Elle se rendit de nouveau chez Marat et dut de nouveau affronter sa garde féminine. Finalement, le tapage qu’elle fit fut probablement entendu de Marat qui se trouvait comme à son habitude en train de travailler, plongé dans sa baignoire, afin de soulager son eczéma.
L’entretien entre Marat et Charlotte Corday fut sans témoin mais on connaît par le procès-verbal de l’interrogatoire qui est conservé aux Archives nationales, une grande partie de la conversation. Il semble que les convictions de Charlotte Corday furent renforcées quand Marat lui répondit qu’il ferait guillotiner les députés Girondins et ceux qui visaient à délivrer Paris de l’anarchie, dont Barbaroux. Alors, sans hésitation, elle porta le coup mortel.