Maupassant, « peintre » avec des mots

L’œuvre du Musée de Fécamp illustre la convergence de sensibilité qui se révèle parfois entre les peintres impressionnistes et certains écrivains tels que Guy de Maupassant (1850 - 1893). C’est ainsi que, sans que l’écrivain ait pu voir la toile qui est postérieure à son texte, et sans que le peintre ait nécessairement lu le texte écrit cinq ans avant son tableau, on note une même sensibilité entre l’œuvre de Schuffenecker et une magistrale description de tableau faite par Chenal, peintre que Maupassant met en scène dans la nouvelle « Miss Harriet » (1884) :
« Je venais d’achever une étude qui me paraissait crâne, et qui l’était. Elle fut vendue dix mille francs quinze ans plus tard. C’était plus simple d’ailleurs que deux et deux font quatre et en dehors des règles académiques. Tout le côté droit de ma toile représentait une roche, une énorme roche à verrues, couverte de varechs bruns, jaunes et rouges, sur qui le soleil coulait comme de l’huile. La lumière, sans qu’on vît l’astre caché derrière moi, tombait sur la pierre et la dorait de feu. C’était ça. Un premier plan étourdissant de clarté, enflammé, superbe. A gauche la mer, pas la mer bleue, la mer d’ardoise, mais la mer de jade, verdâtre, laiteuse et dure aussi sous le ciel foncé ».
(Guy de Maupassant, Miss Harriet, 1884)