Le portrait de Gabriel Randon, dit Jehan Rictus (1867-1933)

Les deux artistes se rencontrent vraisemblablement vers 1895, et Steinlen illustre à deux reprises l’œuvre de Rictus, les Soliloques du pauvre en 1902 et le Cœur populaire en 1913. Restant en relation grâce au collectionneur belge Yvan Lamberty, les trajectoires des deux hommes vont pourtant diverger après la première guerre mondiale : Steinlen, artiste réputé, connaît une certaine aisance, à l’inverse de Rictus, qui en prend ombrage.
Ce dernier avait créé un langage poétique propre, utilisant l’argot parisien aux sonorités rocailleuses pour décrire le quotidien des vagabonds, déshérités et opprimés de tous bords.
Il est ici représenté de face, montrant un visage aux traits fins, presque émaciés, alors qu’il a 51 ans. Ce portrait a été reproduit et publié dans une édition du Cœur populaire en 1914 chez Eugène Rey.