Un autre modèle, une autre peintre : portrait de Victorine Meurent

Suzanne Valadon, avant de connaître le succès en tant que peintre, avait ainsi été l’un des modèles les plus prisés par les artistes de son époque, comme l’avait été auparavant une autre jeune femme, Victorine Meurent (1844-1927). C’est le visage et le corps de cette dernière qui apparaissent à de nombreuses reprises dans les toiles d’Edouard Manet, notamment dans son célèbre Déjeuner sur l’herbe (1862-1863) ou encore dans Olympia (1863).
Comme Suzanne, Victorine se tourna vers la peinture, exposant souvent au Salon, mais elle ne connut pas le succès de cette dernière ; elle termina son existence dans des conditions matérielles extrêmement difficiles, l’histoire de l’art ne retenant de son parcours que sa fonction de modèle...
Norbert Goeneutte (1854-1894) la représente dans ce pastel aux environs de la quarantaine, sous les traits d’une femme au corps épaissi et à la beauté flétrie. Ce peintre et graveur, qui fut un compagnon de route des Impressionnistes, et un grand admirateur de Manet, a laissé plusieurs portraits de Victorine, la décrivant comme une femme fatiguée, pauvre, souvent ivre et vieillie avant l’âge.
Ici, le gris du papier permet de mettre en évidence le blanc quasiment virginal du corsage de Victorine - qui prend la pose - par opposition à son visage mûr.
Le musée de Vernon a donc la chance de pouvoir présenter quasiment côte à côte deux femmes qui ont beaucoup compté pour la peinture française de la fin du XIXe siècle, et qui firent le choix de dépasser leur condition de modèle pour se hisser au niveau de leurs maîtres...