Œuvres commentées

Le portrait d’un grand patron elbeuvien

Le buste de Grandin par Triqueti


Le musée d’Elbeuf a redécouvert dans ses réserves un buste de Victor Grandin par Henri de Triqueti, sculpteur un peu oublié récemment remis à l’honneur lors d’une exposition organisée en 2007 par les musées d’Orléans et de Montargis.
Drapier et homme politique, Victor Grandin (1797-1849) est l’un des industriels elbeuviens les plus importants de la première moitié du XIXe siècle. Un an après sa mort, le conseil municipal d’Elbeuf décide de lui élever un monument. Il est décidé de réaliser un buste, qui sera acquis par souscription, 600 francs provenant de la municipalité et 500 des ouvriers de l’usine Grandin. Le 19 septembre 1852, la sculpture en bronze est inaugurée en présence de nombreux hommes politiques locaux et avec une revue de la garde nationale.
L’auteur du buste est Henri de Triqueti (1804-1874), élève de Girodet et proche de la famille d’Orléans, qui lui passa de nombreuses commandes. Parmi ses réalisations antérieures, on peut compter les portes de l’église de la Madeleine à Paris (1834-1838) ou le gisant de Ferdinand d’Orléans (1842).
Mais Triqueti était également un proche de Victor Grandin, avec lequel il partageait son attachement à la Monarchie de Juillet (jusqu’à ce que Grandin ne s’écarte du régime). Député, Grandin avait également pu apprécier le décor réalisé par Triqueti au Palais Bourbon. Les relations entre les deux hommes ont probablement joué dans le choix du sculpteur par la municipalité. Après la révolution de 1848, la commande publique se faisant moins généreuse, Triqueti se tourne vers l’Angleterre. Il y réalise notamment à partir de 1864 le décor de la chapelle funéraire du prince Albert à Windsor (1864). Le buste d’Elbeuf, réalisé en 1850, fait donc figure d’exception.
Le portrait de Grandin conservé au musée d’Elbeuf est un plâtre réalisé par le mouleur Durand, l’original en bronze ayant disparu en 1942. Triqueti ne semble pas vouloir idéaliser les traits de son modèle, comme le suggère une comparaison avec une caricature de Daumier parue en 1849. L’ample drapé couvrant le buste cache toutefois les vêtements du quotidien, si élégants soient-ils, et le large front dégagé paraît exalter les qualités morales de l’homme... La municipalité portera d’ailleurs sur le socle du monument l’inscription suivante : « Au citoyen dévoué, à l’ami des ouvriers, au digne père de famille. La reconnaissance publique consacre son exemple à la postérité »...

Voir le catalogue de l’exposition : Isabelle Leroy-Jay Lemaistre, Anne Dion-Tenenbaum, Emmanuelle Brugerolles, et al, Henry de Triqueti 1803-1874. Le sculpteur des princes, catalogue de l’exposition du musée des Beaux-Arts d’Orléans et du musée Girodet de Montargis, 3 octobre 2007- 6 janvier 2008



Buste de Victor Grandin Victor Grandin Le buste de Victor Grandin pendant sa restauration par Frédéric Berson

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